Tag d'archives : évènement

 

 

Avec un commissaire génial qui a monté lui-même son propre groupe de musique rock, le visiteur ne peut que se régaler ! Jérôme Sans, ancien directeur du Palais de Tokyo, a donc réussi le pari de mettre en scène des musiciens qui furent ou sont encore plasticiens. Il montre ainsi que art et Rock’roll font plus que bon ménage ! Et il reste certain que les œuvres de stars comme Yoko Ono, Patti Smith que l’on voit aussi à la fondation Cartier, Lou Reed ou Pete Doherty fascinent.

 

« It’s not Only Rock’n Roll, Baby”, Palais des Beaux-Art, rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles. Tél. : 32 (0)2 507 82 00. Du 17 juin au 14 septembre. Catalogue  de l’exposition  29,50 euros. Voir www.bozar.be

images : Pete Doherty, “Blood portrait”, Courtesy Bankrobber Gallery, London

; Laurie Anderson, “Playing “The Talking Stick from Songs ans Stories from Moby Dick”, 1999, photo Franck Micelotta; Ben Van Looy, “Untitled”, 2006, courtesy Philippe de Gobert

Une interview à Artparis08 et…

Autour d’un café 

 

Un café, tout à côté de sa galerie, rue Vieille du Temple, à l’ombre des jardins du musée Picasso. Pierrick Sorin commande un pastis et s’assoit. Juste avant de reprendre son train pour Nantes où il vit et travaille. Aller-retour sur Paris. Pour rajouter deux nouvelles pièces à son exposition. C’est l’heure du déjeuner. Le café bat son plein. “A Paris, j’ai du mal à m’habituer à ce qu’il y ait des gens partout.  En tant que fils unique, j’ai été habitué au calme… c’est pour cela que je travaille dans un ancien entrepôt de produits pharmaceutiques, très spartiate au quatrième étage sans ascenseur », précise t-il. L’artiste que se disputent les musées et les institutions de toutes sortes et dont l’emploi du temps est rempli jusqu’en juin 2001 baille de fatigue. Et s’excuse : “Je n’ai pas encore  mangé”. Guère dormi non plus, apparemment. On ne sait d’ailleurs pas trop s’il faut croire à sa timidité pleine de charme, si touchante. A son sérieux. Son angoisse. A son regard et sa silhouette un peu beau ténébreux…

 

Ses oeuvres

 

Car dans ses oeuvres, le vidéaste prestigitateur se donne une réputation sulfureuse et exhibitionniste pleine d’humour et d’auto-dérision comme la « figure fragile tout à la fois bouffonne qui s’acharne parfois aux pires bêtises, souvent sadiques », écrit Elisabeth Milon.  Docteur Jekill et Mister Hide ? En tous cas, son image virtuelle miniaturisée n’en fait, en effet, qu’à sa tête ! Son  “Mini Sorin” holographique court en slip et chaussettes sur un vieux tourne disque quant il ne dévoile nu avec l’aide d’un traversin les 147 positions du kamasutra ! Une autre fois, dans la maquette d’une chambre à coucher, l’artiste solitaire écoute, épuisé, son répondeur. Depuis ses “Réveils” en 1988, où il se filmait tous les matins promettant de se coucher tôt, à son oeuvre monumentale pour Carcassonne et son projet pour une galerie marchande de Pau où il surprendra les acheteurs au détours des rayons, en passant par Beaubourg,  l’artiste d’à peine quarante ans joue sans cesse sur le fil du rasoir. Entre l’invraisemblable et le crédible. Entre la monstruosité et l’humanité. Entre le pathétique et le loufoque. Entre cynisme et nostalgie. “Il faut avant tout que le spectateur soit pris à partie, soit par la modification de ses repères, soit par différentes formes d’agressivité. Car l’agressivité a des côtés salvateurs”, explique t-il. Ainsi nourri par les bandes dessinées, les “Charlots” et autres” Laurel et Hardy” ou Buster Keaton  de son enfance, le vidéaste jongle avec notre quotidien dans sa multiplication  d’auto-mises en scènes. Las de son images ? “Il semble que je peut passer ma vie à faire ce travail sans que cela soit répétitif. Je me demande ce qui se passera lorsque j’aurai 75 ans et que je me mettrai devant la caméra. Ce sera peut-être complètement ridicule !” dit-il en riant. Intéressé par les longs métrages ? “Je suis plutôt du côté des peintres et des écrivains au niveau de l’attitude de travail qu’au niveau des cinéastes. C’est d’ailleurs pour cela que je me filme moi-même. Ce n’est pas un besoin ni un plaisir… parce qu’une fois la conception et le montage vidéo au point, au moment du tournage,  j’arrive sur les genoux !”.

 

Un déstabilisateur du réel

 

Pour déstabiliser le réel, Sorin joue de toutes les stratégies, de toutes les pitreries, de tous les subterfuges. Dans ses saynètes, il déforme son visage, se déguise, se ridiculise, fait l’idiot, parle, avoue, se confie, s’interroge, se critique, modifie sa voix, se regarde ou vous regarde. Droit dans les yeux.  Il devient tantôt grossier ou timide, roublard ou crétin, quant il ne s’invente un frère ou met en scène père et mère ! Ici ca grince et ca dérange. Ici la vidéo se métamorphose en boîte magique où la réalité glisse, dérape, perturbe et trouble. Le spectateur se perd. Ne sait plus. Ne sait vraiment plus. Où est le vrai du faux, le dedans du dehors. Il sait seulement qu’il aime ça. Il aime regarder les petites histoires miraculeuses et pourtant sans complaisances de l’artiste vidéaste.  Tout simplement, parce qu’en se regardant lui-même, celui-ci questionne l’autre. Son pastis fini, Pierrick Sorin s’en va. Direction Nantes. Restent ses oeuvres. Magiques.    

 

Photos tirées du site de Pierrick Sorin avec son accord (”j’aime bien être recopié…”)

“Pierrik Sorin”, Centre des Arts d’Enghien. Du 17 avril au 29 juin.

Voir www.pierricksorin.com

Que vois-tu à l’exposition ?

Son mot d’ordre : créer des meubles confortables ».  « J’ai traité du pouvoir, de la représentation par le biais du fonctionnalisme. La volumétrie des pièces en était une des dimensions : une révérence ». Depuis les années 50, Pierre Paulin bouleverse les codes et les styles de vie des français. Incontournable, il a été reconnu sous la présidence de Georges Pompidou et celle de François Mitterrand pour qui il aménagea un grand nombre de pièces pour l’Elysée. Son travail apparaît toujours magnifique. Des sièges souples et moelleux, des courbes invitation au repos, des banquettes à combinaison multiples où l’on peut s’asseoir comme on veut ! Sa qualité reste avant tout une synthèse entre tradition et modernité. Tout dans les tons beiges pour l’Elysée, Pierre Paulin adore aussi les couleurs comme le montre si bien la photo ci-dessus. A 81 ans, il étonnera toujours !

 

« Pierre Paulin, le design au pouvoir », Galerie des Gobelins, 42, avenue des Gobelins, 75013 Paris. Tél. : 01 44 08 53 49. Jusqu’au 27 juillet.

    

 

 

 

Que vois-tu à l’exposition ?

 

Une exposition évènement qui regroupe les splendides photographies de Robert Mapplethorpe et les premiers dessins d’Antony Gormley. La beauté des corps du photographe, le noir et blanc, ses images quasi iconiques, croisent la finesse de l’œuvre graphique de Gormley qui dépose des traces de corps sur des papiers qu’il fabrique parfois lui-même avec des chiffons, de la paille ou ce qu’il trouve sous la main ! « Les substances que j’utilise pour dessiner ne doivent pas aller de soi… Le noir de la fumée, la noir animal, la caséine, l’huile de lin, le lait, le sperme, le sang,… ont tous des propriétés différentes, provenant du corps ou de la terre, d’un organisme végétal ou animal. Leur réactivation ne les rend pas anodines ». Deux expositions superbes où le corps prend toute son importance et où le photographe comme le peintre en sont passionnés.

 

“Robert Mapplethorpe et Antony Gormley”, Galerie Thaddaeus Ropac, 7, rue Debelleyme, 75003 Paris. Tél. : 01 42 72 99 00. Du 7 mai au 7 juin.

Lisa Lyon, 1982, Robert Mapplethorpe Foundation, Used by permission

Gormley, Inside, 1989, Feeling Material, 2003

Film sur l’exposition de Rebecca Horn à la galerie Lelong réalisé lors du vernissage de l’exposition avec Daniel Lelong, Jacques Dupin et Jean Frémon, directeurs de la galeries. Et parmi les invités Rebecca Horn et d’autres artites phares de la scène française et internationnale dont Anne Messager, Christian Boltanski,  Ernest Pignon-Ernest,  Pierre Alechinski…

Souvenir d’une exposition de Rebecca Horn au Carré D’art de Nîmes. 

Tout commence à partir d’une petite roue de plumes. Parce que Rebecca Horn reste fascinée par les animaux fabuleux. Parce qu’aussi attentive à l’architecture du Carré d’Art de Nîmes, ouvert sur le ciel, elle a imaginé un oiseau entrer dans les salles. Et il n’y a plus qu’à le suivre. Pénétrer cette exposition si cohérente et magnifique  où toutes ses recherches, tous ses mythes, toutes ses hantises se retrouvent et s’accordent, de salle en salle,  à l’instar des chapitres d’une fiction.

L’art comme exorcisme 

Car ici, plane sans cesse l’ombre de cette jeune étudiante aux Beaux-Arts de Hambourg, qui, travaillant le polyester, fut victime, à vingt-quatre ans, d’une infection pulmonaire. Passent les si longs mois au sanatorium, où Rebecca Horn saisit son art comme une tentative de fuite. De vie. Où son héros, Buster Keaton devient le salvateur, le guide vers la liberté. Et cela n’a pas cessé.  Et cela ne cessera plus. On pense bien sûr à Frida Khalo qui  peignait sa douleur et son corps broyé. Mais Rebecca Horn exhausse sa souffrance personnelle pour atteindre l’universel. Elle part de son corps et de l’espace de son corps pour toujours mieux comprendre et palper l’existence humaine. Pour ouvrir les frontières. Faire exploser la conscience. L’inconscience. Lacher prise. Célèbre pour ses vidéos et ses performances des années soixante dix où l’artiste allemande invente des peintures et des sculptures corporelles, puis des films de fiction, c’est à partir des années 80, qu’elle se concentre sur des mises en scènes de machines mécaniques et autonomes qui la consacrent définitivement comme sculpteur.

Naissance des installations

Mais le désir et la violence restent les mêmes. De ses harnais de crayons, de ses masques de plumes, de ses tubes à faire circuler le sang aux installations de ses dix dernières années, c’est toujours le même enchantement artistique qui doit happer, surprendre, désorienter, questionner, aider. En stimulant tous les sens. Et c’est cela qui nous envahit dans l’exposition de Nîmes, qui nous prend, nous soulève, nous fait peur, nous ensorcelle encore ou nous ravit. Nous emporte donc. Loin. Dans les contrées mythiques d’Eros et de Thanatos d’où un baiser de serpents jaillit un rayonnement électrique.  Dans des espaces mystérieux et silencieux, où tout à coup, un violon accroché très haut dans la salle grince et soupire. Plus loin, sur un mur, un immense dripping à la Pollock réalisé par une machine, une fois l’oeuvre terminée, répète son geste. Indéfiniment. A vide. Ailleurs encore, une immense tige métallique comme un doigt pointé sur les maux et les génocides du monde dessine une spirale invisible dans l’espace. Aux côtés de ces tortures de l’esprit, comme souvent, la légèreté. L’incroyable légèreté d’un papillon battant des ailes. Mais si Rebecca Horn défie à l’infinie le geste du peintre, elle perpétue à l’infinie également le geste d’écriture. Frontières. Frôlement des frontières. Car l’artiste jongle avec les mots, écrit des textes, des poèmes, invente des titres fabuleux et un vocabulaire de symboles similaire à celui de la psychanalyse ou des différentes religions. Syncrétisme donc, chez cette passionnée de  bouddhisme,  qui utilise à la fois l’ordre plastique, littéraire et poétique et ose ainsi porter toujours plus loin l’héritage du surréalisme. Comme disait Henri Michaux à propos de l’oeuvre de Paul Klee  “Pour entrer dans ses tableaux… Il suffit d’être l’élu, d’avoir gardé soi-même la conscience de vivre dans un monde d’énigmes, auquel c’est en énigmes aussi qu’il convient le mieux de répondre”.     

C’était lors de l’exposition “Rebecca Horn”, Carré d’Art - Musée d’art contemporain de Nîmes, Place de la Maison Carré, 30031 Nîmes en 2000.

 

Les vibrations, les murmures et les étincellements de l’oeuvre de Rebecca Horn se poursuivent dans sa peinture et ses dernières sculptures créees pour l’exposition dans sa nouvelle galerie, la galerie Lelong. Ici, l’artiste nourrie de poésie et de philosophie a pris pour titre en filigrane le célèbre livre d’André Breton, “L”Amour cosmique-fou du faucon rouge”. Ses peintures apparaissent comme des jets d’encre et de sang.

 

 

Exposition “Rebecca Horn”, galerie Lelong, 13, rue de Téhéran, 75008. Paris. Tél. : 01 45 63 13 19. Du 14/03 au 10/05.

www.galerie-lelong.com

 

Elle vient d’être remarquée à la Biennale de Lyon, Venise et Istanbul ! C’est dire qu’à seulement 30 ans, Cao Fei, monte, monte, monte et apparaît déjà comme l’une des artistes chinoises les plus importantes de sa génération.

Le Plateau à Paris dévoile sa première exposition en France. Et l’on passe de découvertes en émerveillements, de l’histoire traditionnelle chinoise aux dernières nouveautés technologiques ! Car les installations incroyables de l’artiste entremêlent vidéos, textes, objets ordinaires et sculptures classiques. La jeune femme totalement influencée par la publicité, le cinéma, la télévision et les nouvelles technologies, intègre également dans son travail des bribes de culture de son pays venus tout droit de l’opéra, de la danse et du théâtre. Et nous voilà dans un univers totalement fictif. Une illusion totale. Avec des gens. Des vrais, des faux. Des sortes de Batman en costumes noirs, des fées d’une nouvelle ère, des combattants aux ailes d’or… ! Cette œuvre pluridisciplinaire extraordinaire cherche assurément le dialogue entre passé et avenir, dans une société en constante mutation. Courez-y !

 « Cao Fei », Le Plateau, Place Hannah-Arendt, Angle rue des Alouettes et rue Carducci, 75019 Paris. Tél. : 01 53 19 84 10. Du 13/03 au 25/05. Voir www.fracid-leplateau.com. et www.caofei.com

 

 

 

Valérie Belin est une artiste rare. Aussi discrète que méticuleuse. Acharnée. En une petite quinzaine d’année, elle est devenue l’une des plus grandes photographes françaises reconnue dans le monde entier. Ici rien de superflu. Rien de bâclé. Au contraire. Valérie Belin apparaît d’une rigueur absolue. Car la photographe ne raconte pas, et ne désire surtout pas raconter. Elle offre des images prises à la chambre noire. Travaillées. Retravaillées. Sans relâche. Car cette jusqu’auboutiste joue du corps comme d’un objet et des objets comme d’un corps. La jeune femme qui découvrit sa vocation aux Beaux-arts de Paris considère son œuvre comme « une tentative obsessionnelle d’appropriation du réel où le « corps », au sens large du terme, jouerait un rôle déterminant ».

C’est sûrement pour cette raison que toutes ses séries s’imbriquent l’une dans l’autre. N’ont de sens que l’une par l’autre. Suite continuelle d’une œuvre en constant questionnement qui cherche « à rendre des moteurs de voitures comme des organes humains métalliques et inversement avec ses « Bodybuilders». Partout, Valérie Belin poursuit sa quête sur la profondeur du champ et de la lumière, l’emprunte de la lumière. Son but ? Aplatir le sujet, rester dans le plan, la surface. Au Maximum. Et ça recommence merveilleusement dans sa série des « Mariées marocaines ». Ici ça bouscule et ça dérange. Parce qu’au Maroc où elle se rend, elle se confronte aux problèmes liés à l’image mais aussi aux jeunes femmes qui aux robes traditionnelles préfèrent les robes occidentales légères. « L’une des photographies les plus fortes a été réalisée à Fez. Les autres images ont été faites en France où la communauté marocaine est plus attachée à la tradition et n’a plus ce problème lié à l’image ». Là encore, nous sommes dans le plan, face à des robes lourdes, chargées, qui annulent totalement le volume du corps. Puis ce sont ses  séries de visages qui retiennent le plus. Des visages différents. Des visages comme des sculptures. Sans expression. Sans individualité. Artificiels. Absents.  « Car tous les plans sont nets, du premier au dernier », explique Valérie Belin. Des visages comme ceux des poupées aussi. Ceux « de jeunes filles métisses aux cheveux synthétiques, portant des lentilles de couleurs et très recherchées dans leurs vêtements » qu’elle choisit lors de casting « sauvages » à la sortie du métro. « Lorsque je vois un visage, je court derrière cette personne… » !  Sans nul doute, Valérie Belin cherche à dévoiler l’ambiguë apparence des êtres et des choses. Leur même fondement. Le lien entre « l’œil et l’esprit » dont parle Merleau-Ponty.  Une œuvre existentielle et sublime dont le regard a du mal à se détacher.

 

« Valérie Belin. Photographies 1996-2006 ». Maison européenne de la photographie5/7, rue de Fourcy, 75004 Paris. Tél. : 01 44 78 75 00. Voir www.mep-fr.org. Du 9 avril au 8 juin.