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Anne Kerner : Quels sont les lieux que vous adorez dans cette ville et qu’il ne faut surtout pas manquer pour un visiteur ? Christian Lacroix : C’est au gré de l’instinct de chacun mais à part les musées, il ne faut pas manquer de flâner dans les ruelles tranquilles de la Roquette, près du Rhône à l’est, ou dans celles du l’Hauture, au-dessus des arènes. Et regarder toujours en l’air pour éviter la banalisation des rues principales qui ont perdu les belles devantures anciennes de mon enfance et les commerces qui allaient avec.

Vous avez fait connaître Arles à la planète entière. De quelle manière est-ce important ? Je ne suis pas sûr de ça. Jules César et Van Gogh, Mistral et Daudet, Bizet et Gounod avaient fait le plus gros avant. J’ai pu regretter d’avoir joué les apprentis sorciers à un moment donné car en voulant partager mes racines, j’ai bien cru les voir dévoyées par la mondanité un peu vaine du Lubéron. Les alentours ont perdu de leur authenticité/rusticité avec le tourisme de masse comme partout aussi. Mais l’installation de certains a permis également de garder le cachet initial, d’arrêter les massacres béotiens etc.…

 Le musée Réattu vous accueille pour une exposition qui vous est consacrée. Qu’est ce que vous voulez que l’on retienne tout d’abord de ce musée ?Je veux partager ce musée méconnu, ce lieu parfait où enfant et adolescent je souhaitais vivre, la charge de ces murs où se sont relayés après l’ordre de Malte des artistes éclairés, qui n’a pas échappé à Picasso qui l’a doté d’une mirifique donation. Aujourd’hui en crise de croissance comme beaucoup de musées de ce type, il a besoin d’un coup de main et de projecteur. Alors je viens juste faire dialoguer les siècles passés avec mon entourage d’aujourd’hui. Si le visiteur prend plaisir à assister à ces confrontations dans un décor que j’ai pensé et composé au gré de ce que le lieu m’a apporté en 50 ans, fidèle aux tréfonds de moi-même, et passe un bon moment à partager ce miroir tendu qui ne se prend pas au sérieux, j’en serais très très heureux.

« Les rencontres d’Arles, 39ème édition” avec Christian Lacroix et ses invités. Du 8 juillet au 14 septembre. Voir info@rencontres-arles.com. « Christian Lacroix au musée Réattu », Musée Réattu, 10, rue du Grand Prieuré, 13200 Arles. Tél. : 04 90 49 37 58. Du 18 mai au 31 octobre.

 

 

Patti “in live” à la Fondation Cartier le 27 mars !

Salon de cuir comme chez elle dit-elle, pour rentrer encore plus dans l’intime. Son intimité. Et tout autour des photos prises par son fameux Land 250 qui ne la quitte jamais. Comme son look. Inébranlable. Egérie. Figure emblématique en jean chemise blanche et gilet d’homme.  Elle bouge dans tous les sens. Ne s’assoit jamais. Laisse ses cheveux lui cacher le visage. On la croyait chanteuse ! Et elle est bien plus ! Cette fille de Chicago, passionnée par Rimbaud et la culture française, s’installe en 1969 au Chelsea Hotel avec le non moins célèbre photographe Robert Mapplethorpe, son amour de jeunesse. Elle s’abreuve alors de poésie et de rock’n’ roll. Presque tout le monde connaît ou devrait connaître son album « Horses » qui reçu le grand prix du disque en 1975. Elle devient alors l’éffigie féminine de la scène rock. 1977 est une mauvaise année. Avec un grave accident de voiture. Patti se plonge dans l’écriture et le dessin. Deux ans plus tard le bonheur revient avec son mariage avec le musicien Fred Sonic Smith. A sa mort en 1995, l’artiste reprend l’appareil photo qui lui procure un « sentiment de libération ». Ses sujets ? Des choses et des êtres chers à son cœur. Les pantoufles de Mapplethorpe, le lit de Virginia Wolf ou les couverts d’Arthur Rimbaud.

Et tout à côté, des dessins frôlent ses travaux photographiques. Comme un murmure. Un chant doux et mélodieux. Fins, raffinés, calligraphiques. Décidemment, on se laisse aller sur sa voix vibrante qui ne cesse de nous envahir pendant la visite de cette oeuvre foisonnante et intense, en regardant une vie remplie de trésor et réalisant des trésors. Pour transmettre de toutes part et sous toutes ses formes sa passion des mots.

Ne ratez pas les soirées nomades avec Patti en personne !

« Patti Smith, Land 250 », Fondation Cartier, 261, boulevard Raspail 75014 Paris. Tél. : 01 42 18 56 50. Du 28/03 au 22/06. Voir www.fondation.cartier.comCourtesy Patti Smith.

A voir : “Patti Smith : Dream of life”, de Steven Sebring (2008). sur Arte le 25 mars à 23 heures : un portrait intime de Patti Smith. Magique !

A lire : catalogue “Land 250″, édition Fondation Cartier, 300 pages, 40 euros. Edition limité signée, 200 euros.

Signature de son livre à la Fondation Cartier le 8 avril de 18h30 à 20h30. 

Ateliers pour les jeunes

mercredi  9 avril, samedi 7 juin, de 15h à 16h30, à partir de 8 ans  : atelier de loisir créatif; la costumière de théâtre et de cinéma Laurence Benoît invite les enfants à participer à un atelier de création manuelle autour des expositions “Patti Smith” et “Andra Branzi”.

samedi 19 avril et 3 mai de 15h à 16h, à partir de 7 ans : visite des expositions “Andrea Branzi” et “Patti Smith”; les jeunes visiuteurs découvrent leurs oeuvres accompagnés par un animateur de la Fondation Cartier.

mercredi 23 avril et le 21 mai de 15h à 17h, à partir de 7 ans : Rock et animaux; les deux musiciens du groupe Le Club des Chats proposent aux enfants de créer un disque sur le thème des animaux : avec Guillaume ils composent et enregistrent une chanson; avec Maya ils fabriquent la pochette du disque. Une fois finalisé, le disque leur est envoyé à l’issue de l’atelier.

Mercredi 30 avril et 28 mai de 15h à 16h30, à partir de 8 ans : portrait chinois; Guidés par la jeunes artiste Félicia Atkinson, les enfants jouent au portrait chinois. Dessins sur papier calque, enregistrement de poèmes sur dictaphone, photos polaroïds composent un portrait de l’enfant, réalisé à l’aide des techniques utilisées par Patti Smith et Andrea Branzi. Chacun emporta ses compositions dans une grande enveloppe décorée.

samedi 31 ami et mercredi 11 juin, de 15h à 15h45, à partir de 6 ans : les vies imaginaires de Patti Smith et Andrea Branzi; avec les enfants, la comédienne Fany Mary parcours les expositions et à partir des oeuvres exposées, invente avec eux la vie de personnages imaginaires.

Renseignement et inscription : 01 42 18 56 67 87

Les Selfs-Hybridations d’Orlan. Une recherche que l’artiste mène depuis 20 ans déjà. Une recherche approfondie. Fondamentale. Qui ne cessent de parler du corps, du sacré, de la féminité, de la beauté. Et grâce aux nouvelles technologies, Orlan s’amuse. Et cette jusqu’auboutiste de convoquer pour cette exposition les grandes figures de l’histoire de l’Amérique comme celle de l’histoire de l’art américain. Recherches corporelles et faciales qui donnent des images puissantes et d’une picturalité photographique remarquable où se fondent les portraits de l’artiste. Après avoir incarné la Maya de Goya et l’Odalisque d’Ingres, elle se tourne désormais vers les cultures non occidentales pour mieux poursuivre son brassage de l’espèce humaine.  

 

« Orlan, Self-hybridations Indiennes-Américaines », Galerie Michel Rein, 42, rue de Turenne, 75003 Paris. Tél. : 01 42 72 68 13. Du 12 avril au 17 mai. www.michelrein.com

Photo, courtesy galerie Michel Rein, Paris

    

 

 

 

Que vois-tu à l’exposition ?

 

Une exposition évènement qui regroupe les splendides photographies de Robert Mapplethorpe et les premiers dessins d’Antony Gormley. La beauté des corps du photographe, le noir et blanc, ses images quasi iconiques, croisent la finesse de l’œuvre graphique de Gormley qui dépose des traces de corps sur des papiers qu’il fabrique parfois lui-même avec des chiffons, de la paille ou ce qu’il trouve sous la main ! « Les substances que j’utilise pour dessiner ne doivent pas aller de soi… Le noir de la fumée, la noir animal, la caséine, l’huile de lin, le lait, le sperme, le sang,… ont tous des propriétés différentes, provenant du corps ou de la terre, d’un organisme végétal ou animal. Leur réactivation ne les rend pas anodines ». Deux expositions superbes où le corps prend toute son importance et où le photographe comme le peintre en sont passionnés.

 

“Robert Mapplethorpe et Antony Gormley”, Galerie Thaddaeus Ropac, 7, rue Debelleyme, 75003 Paris. Tél. : 01 42 72 99 00. Du 7 mai au 7 juin.

Lisa Lyon, 1982, Robert Mapplethorpe Foundation, Used by permission

Gormley, Inside, 1989, Feeling Material, 2003

 

 

 

Valérie Belin est une artiste rare. Aussi discrète que méticuleuse. Acharnée. En une petite quinzaine d’année, elle est devenue l’une des plus grandes photographes françaises reconnue dans le monde entier. Ici rien de superflu. Rien de bâclé. Au contraire. Valérie Belin apparaît d’une rigueur absolue. Car la photographe ne raconte pas, et ne désire surtout pas raconter. Elle offre des images prises à la chambre noire. Travaillées. Retravaillées. Sans relâche. Car cette jusqu’auboutiste joue du corps comme d’un objet et des objets comme d’un corps. La jeune femme qui découvrit sa vocation aux Beaux-arts de Paris considère son œuvre comme « une tentative obsessionnelle d’appropriation du réel où le « corps », au sens large du terme, jouerait un rôle déterminant ».

C’est sûrement pour cette raison que toutes ses séries s’imbriquent l’une dans l’autre. N’ont de sens que l’une par l’autre. Suite continuelle d’une œuvre en constant questionnement qui cherche « à rendre des moteurs de voitures comme des organes humains métalliques et inversement avec ses « Bodybuilders». Partout, Valérie Belin poursuit sa quête sur la profondeur du champ et de la lumière, l’emprunte de la lumière. Son but ? Aplatir le sujet, rester dans le plan, la surface. Au Maximum. Et ça recommence merveilleusement dans sa série des « Mariées marocaines ». Ici ça bouscule et ça dérange. Parce qu’au Maroc où elle se rend, elle se confronte aux problèmes liés à l’image mais aussi aux jeunes femmes qui aux robes traditionnelles préfèrent les robes occidentales légères. « L’une des photographies les plus fortes a été réalisée à Fez. Les autres images ont été faites en France où la communauté marocaine est plus attachée à la tradition et n’a plus ce problème lié à l’image ». Là encore, nous sommes dans le plan, face à des robes lourdes, chargées, qui annulent totalement le volume du corps. Puis ce sont ses  séries de visages qui retiennent le plus. Des visages différents. Des visages comme des sculptures. Sans expression. Sans individualité. Artificiels. Absents.  « Car tous les plans sont nets, du premier au dernier », explique Valérie Belin. Des visages comme ceux des poupées aussi. Ceux « de jeunes filles métisses aux cheveux synthétiques, portant des lentilles de couleurs et très recherchées dans leurs vêtements » qu’elle choisit lors de casting « sauvages » à la sortie du métro. « Lorsque je vois un visage, je court derrière cette personne… » !  Sans nul doute, Valérie Belin cherche à dévoiler l’ambiguë apparence des êtres et des choses. Leur même fondement. Le lien entre « l’œil et l’esprit » dont parle Merleau-Ponty.  Une œuvre existentielle et sublime dont le regard a du mal à se détacher.

 

« Valérie Belin. Photographies 1996-2006 ». Maison européenne de la photographie5/7, rue de Fourcy, 75004 Paris. Tél. : 01 44 78 75 00. Voir www.mep-fr.org. Du 9 avril au 8 juin.